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30 décembre Ne sois pas en retard... Pour ce rêve... Une lutte lourde entre l'obscurité et le silence s'était installée depuis
plus d'une heure...
Il était concentré sur sa propre respiration et aimait le sentiment
confortable que lui procurait ce souffle chaud et régulier qui le
raccrochait à la vie.
Sur le côté, l'éclair vif du métal de la ventouse céphalique luisait
comme un appel. L'heure de départ du prochain voyage onirique
approchait. Il tendit la main pour prendre le petit objet muni de deux
systèmes miniaturisés d'émission et réception et se l'appliqua sur
le front. Il savait qu'à plusieurs centaines de kilomètres de là une
femme reproduisait les mêmes gestes avec un appareil identique
réglé sur la même fréquence que le sien...
Cela faisait cinq ans que voyager dans les rêves d'une autre personne
était devenu possible grâce à cette géniale petite invention.
Il ne mit pas longtemps à s'endormir. Là, sur le seuil de son rêve,
elle l'attendait.
Ils s'embrassèrent et se prirent la main. Un regard appuyé et
l'échange d'un sourire lui suffirent pour comprendre qu'elle se sentait
bien. Alors, doucement, d'une légère pression des doigts, il l'entraîna
plus au fond vers des méandres complexes, des territoires encore
inexplorés dans les profondeurs de son cerveau qu'il ne connaissait
pas lui-même.
Au bout d'une allée, ils pénétrèrent dans un champ de framboises
météoritiques géantes. Il était heureux, il avait commandé un rêve
gastronomique et sensuel, il savait qu'elle avait aussi désiré ce
voyage, et là, ils allaient enfin pouvoir le partager.
Ils laissèrent leurs habits au bord de la vaste prairie vierge, et,
dans un éclat de rire, allèrent se jeter de toutes leurs forces dans
la chair moelleuse d'une framboise géante qui émit une sorte de
gloussement joyeux.
Pour faire le pitre, il entreprit l'ascension du fruit charnu. Perché sur
cette montagne de plaisir, il aperçut, à deux pas juste derrière,
un lac de mousse à la framboise. Il dévala cet amas gonflé de pulpe
rose, prit la main de sa compagne et l'entraîna vers la promesse
d'un bain d'éponge fruitée....
http://fr.youtube.com/watch?v=f9OUG6qZmRs&feature=related SAGA : "Don't be late".
.
27 décembre Qui veut toucher ? DOM DILI DOM DILI DILI DOM DOM.
http://www.youtube.com/watch?v=hm8JoMhgjRw Jeff Buckley : "Last goodbye".
Dessin : TARDI.
. 19 décembre Je les ai vu.... (Rien à voir avec les envahisseurs) Je suis dans le coin... Mais bon, les vacances, une nouvelle machine à voyager dans
le temps, et forcément, je ne viens pas trop vous voir... Dites, ça n'est pas trop
grave, hein ? Je ne vous oublie pas...
Je vais essayer de vous raconter une petite histoire, vite fait, comme ça... Alors au
milieu de toute la confusion de ce monde, chacun va éteindre sa télé pendant deux
minutes, c'est l'heure de la distribution de caresses...
Une de mes soeurs a vécu pendant plusieurs années en Afrique du Sud, tout là-bas,
là où les autruches croisent les pingouins, là où la chaleur des couleurs vous enveloppe
pour vous tenir bien au chaud.
Une ou deux fois par an, elle revenait en France pour un petit tour marathon où
beaucoup des miens se la disputaient...
A plusieurs reprises, ses retours ont été pour moi l'occasion d'aller prendre ma dose
de soleil... Evidemment, ma soeur avait des milliers de rêves parfumés à me raconter,
mais surtout, j'avais fini par prendre une petite habitude, celle d'aller l'accueillir à
l'aéroport...
Raconté comme ça, j'arrive parfaitement à comprendre que ça vous laisse tous un
peu froids ! Attendez un peu...
J'avais un truc, un secret pour me charger en énergie ; j'arrivais plusieurs heures
avant son avion, et je me posais dans le terminal où chaque minute des lots de
voyageurs les yeux chargés d'aventures terminaient un voyage qui les laissait là,
un peu orphelins de tant d'émotions perdues...
Et vous savez quoi ? La vraie beauté n'était pas dans l'exotisme que chacun portait
encore sur ses vêtements, ses bagages ou son sourire... La vraie beauté était dans
les embrassades et autres effusions que provoquaient les retrouvailles entre ceux
qui attendaient et ceux qui avaient voyagé...
Pendant des heures, à plusieurs reprises, j'ai vu les gens se tenir, se toucher, se
soulever, s'embrasser... J'ai vu les gens s'aimer !!! Je les ai vu...
Je vous embrasse.
http://fr.youtube.com/watch?v=HO9My5_H6dg Sixteen Horsepower : "Black soul choir".
Extrait de l'album "Sackcloth'n'Ashes"... Regardez
ça les Copains, regardez toute la vie qu'il y a
chez ces musiciens... Je les ai vu (eux aussi... Hé hé)
en concert il y a quelques années... Ce sont des gens
habités par leur musique. Ils n'existent plus, mais je
vous conseille tous leurs albums ainsi que ceux de
David Eugène Edwards avec son groupe Wovenhand...
Photo : Robert Doisneau, "Amour et barbelés".
. 14 décembre Courir le long de ce ruban...La vie va me pousser sur d'autres chemins ce week-end...
Je vous embrasse tous... Prenez soin de vous...
On se revoit dans deux ou trois jours...
.................
http://www.youtube.com/watch?v=KxcNKHyG2Q4&feature=related " Ghost Dog, la voie du samouraï " de Jim Jarmush.
Je vous conseille vivement ce film étrangement calme (pour un film de combat). Une sorte d'ovni
rythmé par un fabuleux mélange de rap et de musique ambient...
L'excellent Jarmush évoque ici un monde à la limite du déchiffrable, et Forest Whitaker entre
présence massive et fantomatique hante littéralement le film...
Malgré sa rudesse, ce film est bourré de poésie...
.
11 décembre Doris Lessing : Comment ne pas gagner le prix nobel...Les livres sont une chance !!! Et souvent nous ne le savons plus... Voici un texte de Doris Lessing :
Je le trouve génial... Et terriblement juste...
(Merci Gwen... ).
Postée sur le pas de la porte, je regarde, entre des nuages de poussière volante, dans la direction où il reste encore des forêts sur pied, c'est ce qu'on m'a dit. Hier, j'ai parcouru en voiture des kilomètres de souches d'arbre et de traces carbonisées d'incendies, là où, en 1956, s'étendait la forêt la plus magnifique que j'aie jamais vue.Entièrement détruite. Les gens doivent manger, ils doivent trouver du combustible pour leurs feux.
Ceci se passe au nord-ouest du Zimbabwe, au début des années 1980 ; je rends visite à un ami. Il est là pour "aider l'Afrique" ; ce qu'il a découvert ici, dans cette école, l'a choqué au point de lui provoquer une dépression dont il a eu du mal à se remettre. Cette école ne diffère en rien de toutes les écoles bâties après l'indépendance. Elle consiste en quatre grands cubes de brique, plantés côte à côte directement dans la poussière, un deux trois quatre, avec une moitié de salle à un bout, la bibliothèque. Ces salles de classe ont bien des tableaux noirs, mais mon ami garde les craies dans sa poche, sinon on les volerait. Il n'y a pas d'atlas, pas de globe terrestre dans l'établissement, pas de manuels scolaires, pas de cahiers ni de stylos bille ; la bibliothèque ne contient pas le genre de livres qu'aimeraient lire les élèves, seulement des ouvrages de rebut des bibliothèques des Blancs (...). Pendant que je me tiens avec mon ami dans sa chambre, des gens entrent timidement, et tous, tous mendient des livres. "S'il te plaît, envoie-nous des livres quand tu rentreras à Londres." (...) Je doute que beaucoup de ces élèves se verront décerner des prix. Le lendemain, je me trouve dans une école du nord de Londres, un très bon établissement. Ces élèves reçoivent la visite hebdomadaire d'une personnalité (...). La venue d'une célébrité est chose normale pour eux. Mais l'école enveloppée de poussière volante du nord-ouest du Zimbabwe est présente à ma mémoire. Je regarde ces visages légèrement curieux et tente de leur raconter ce que j'ai vu la semaine d'avant. (...) Je suis sûre que chacun d'entre vous ici, en prononçant son discours de réception, doit connaître ce moment où les visages que vous regardez deviennent inexpressifs. Vos auditeurs n'entendent pas ce que vous dites : aucune image mentale ne correspond à ce que vous leur expliquez. Dans le cas présent, (...) leur est-il vraiment impossible d'imaginer une pauvreté aussi nue ? Je fais de mon mieux, ils sont polis. Je suis certaine que, dans le lot, il y en aura qui obtiendront des prix. (...) Restée avec les professeurs, je demande, comme toujours, si la bibliothèque marche et si les élèves lisent. Et ici, dans cette école pour privilégiés, j'entends ce que j'entends toujours quand je me rends dans des écoles ou même des universités : "Vous savez bien comment ça se passe. Beaucoup de nos élèves n'ont jamais rien lu, et la bibliothèque ne fonctionne qu'à moitié." (...) Oui, en effet (...). Tous, nous le savons. Nous sommes dans une "culture à fragmentation", où nos certitudes datant d'il y a seulement quelques décennies sont remises en question, et où il est fréquent que les jeunes hommes et les jeunes femmes qui ont bénéficié d'années d'études ne sachent rien du monde, n'aient rien lu (...). Ce qui nous est arrivé, c'est une invention incroyable : les ordinateurs, Internet et la télévision. Une révolution. Ce n'est certes pas la première révolution que nous, l'espèce humaine, affrontons. La révolution de l'imprimerie (...) a changé notre vision du monde et nos modes de pensée. Téméraires, nous l'avons acceptée sans réserve, comme toujours, sans jamais nous demander : "Que va-t-il maintenant advenir de nous avec cette invention de l'imprimerie ?" De la même façon, nous n'avons jamais pris une seule fois le temps de nous demander : (...) comment nos esprits vont-ils évoluer avec la nouveauté d'Internet (...) ? Encore très récemment, tous ceux qui étaient un tantinet cultivés respectaient le savoir, l'éducation, et traitaient donc aussi avec respect notre grand fond de littérature. Certes, nous savons tous que, pendant cet état de grâce, les gens faisaient souvent semblant de lire, feignaient de respecter le savoir, mais c'est un fait établi que les travailleurs et les travailleuses aspiraient à lire. (...) La lecture, les livres faisaient autrefois partie intégrante de la culture générale. En s'adressant aux plus jeunes, leurs aînés doivent mesurer combien la lecture contribuait à l'éducation de l'individu, d'autant que les jeunes générations en savent tellement moins. Et si les enfants ne savent pas lire, c'est parce qu'ils ne lisent pas. Cette triste histoire est connue de nous tous. Mais nous n'en connaissons pas la fin. Nous pensons au vieil adage : "La lecture apporte à l'homme plénitude." (...) Cependant, nous ne sommes pas le seul peuple au monde. Il n'y a pas si longtemps, je recevais un coup de téléphone d'une amie qui me disait être allée au Zimbabwe, dans un village dont la population n'avait pas mangé depuis trois jours mais discutait de livres et des moyens de s'en procurer. (...) J'appartiens moi-même à une petite organisation qui a démarré avec le projet d'introduire des livres dans les villages. (...) Ayant moi-même financé une petite étude sur ce que les gens voulaient lire, j'ai découvert que les résultats étaient comparables à ceux d'une étude suédoise dont j'ignorais l'existence. Les gens voulaient lire ce que veulent lire les Européens, si tant est que ceux-ci lisent : romans de toutes sortes, science-fiction, poésie, romans policiers, pièces de théâtre, Shakespeare. Les ouvrages pratiques, par exemple comment ouvrir un compte bancaire, venaient en bas de liste (...). Le problème avec l'approvisionnement des villageois en livres vient de ce qu'ils ignorent ce qui est disponible (...). Parfois je reçois des lettres de gens habitant dans un village qui n'a peut-être pas encore l'électricité ou l'eau courante (à l'exemple de notre famille dans notre cabane de torchis tout en longueur) : "Je serai écrivain moi aussi, parce que j'ai le même genre de maison que tu as eue." Mais la difficulté est là. Non, ce n'est pas vrai. L'écriture, les écrivains ne sortent pas de maisons vides de livres. Voilà la différence, voilà toute la difficulté. Afin d'écrire, afin de s'engager en littérature, il doit exister une relation intime avec les bibliothèques, les livres, la Tradition. Là, je parle de livres qui n'ont jamais été écrits, d'écrivains qui n'ont pas pu percer parce que les éditeurs sont absents. Je parle de voix inaudibles. Il est impossible d'évaluer ce grand gâchis de talents, de potentiels. Mais même avant ce stade de la création d'un livre qui exige un éditeur, un à-valoir, des encouragements, il manque autre chose. On demande souvent aux auteurs : "Comment écrivez-vous ? Avec un microprocesseur ? Une machine à écrire électrique ? Une plume ? A la main ?" Mais la question essentielle est celle-ci : "Disposez-vous d'un espace, de cet espace libre qui devrait vous entourer quand vous écrivez ?" A l'intérieur de cet espace, qui est proche d'une forme d'écoute, d'attention, vous viendront les mots, les mots que diront vos personnages, des idées : l'inspiration. Si l'écrivain ne peut pas trouver cet espace, alors poèmes et histoires peuvent être mort-nés. (...) Sautons à une scène apparemment très différente. Nous sommes à Londres, une des mégapoles. Il y a un nouvel auteur. (...) Le nouveau ou la nouvelle venu(e) dans le monde des lettres est salué(e) par tous, croule peut-être sous les à-valoir. (...) Le ou la voilà fêté(e), applaudi(e), promené(e) illico dans le monde entier. Nous, les seniors, qui avons déjà tout vu, plaignons le ou la néophyte qui n'a aucune idée de ce qui se passe vraiment. Il ou elle est flatté(e), ravi(e). Mais demandez-lui au bout d'un an ce qu'il ou elle pense. Je l'entends déjà : "C'est la pire chose qui aurait pu m'arriver." Certains nouveaux auteurs ayant bénéficié d'un grand lancement se sont arrêtés d'écrire ou n'ont pas écrit ce qu'ils voulaient, avaient l'intention d'écrire. Et nous, les seniors, souhaitons murmurer à ces oreilles innocentes : "Avez-vous toujours votre espace ? Le seul lieu qui vous soit personnel et nécessaire, où vos voix intérieures peuvent vous parler et où vous pouvez rêver. Cramponnez-vous-y, ne le lâchez pas !" Mais il faut aussi une forme d'éducation. Mon esprit est plein de somptueux souvenirs d'Afrique, que je peux ranimer et contempler à loisir. Ces couchers de soleil, or, pourpres et orange, qui envahissent le ciel au soir ! Les buissons aromatiques du désert de Kalahari fleuris de papillons, de phalènes et d'abeilles ! Ou encore moi assise au bord du Zambèze, dont les eaux vert foncé et luisantes - c'est la saison sèche - roulent entre de pâles berges herbues où s'assemblent tous les oiseaux d'Afrique. (...) Mais que dire du ciel nocturne d'un noir merveilleux, encore vierge de pollution, criblé d'étoiles effervescentes ! J'aimerais que vous vous imaginiez quelque part en Afrique du Sud, dans un magasin indien d'une zone pauvre, par temps de grande sécheresse. Les gens, surtout des femmes, font la queue, munies de toutes sortes de récipients pour l'eau. Tous les après-midi, ce magasin reçoit un camion-citerne d'eau de la ville voisine et les autochtones attendent cette eau si précieuse. L'Indien se tient avec les paumes de main à plat sur son comptoir ; il observe une femme noire penchée au-dessus d'un gros paquet de feuilles qui a l'air d'avoir été arraché d'un livre. Elle lit Anna Karénine. Elle lit lentement, formant les mots avec ses lèvres. Le livre semble difficile. C'est une jeune femme avec deux enfants en bas âge accrochés à ses jambes. Elle est enceinte. L'Indien est peiné parce que le voile de sa visiteuse, normalement blanc, est jaune de poussière. (...) Cet homme est curieux. Il demande à la jeune femme : "Que lis-tu ? - Ça parle de la Russie, répond-elle. - Sais-tu où se trouve la Russie ?" Il le sait à peine lui-même. La jeune mère le regarde bien en face avec dignité, même si elle a les yeux rougis par la poussière. "J'étais la meilleure de ma classe. Mon professeur l'a dit, j'étais la meilleure." (...) Elle a jeté un regard reconnaissant à l'Indien, consciente qu'il l'aimait bien et la plaignait, puis est ressortie dans les nuages de poussière volante. (...) L'histoire qu'elle lisait chez l'Indien occupait son esprit. Elle songeait : "Varinka me ressemble avec son foulard blanc, et elle s'occupe d'enfants elle aussi. Je pourrais être cette jeune fille. Et le Russe, il l'aime et va lui demander de l'épouser... - elle n'avait fini de lire que cet unique paragraphe. Oui, et un homme viendra me chercher moi aussi et m'emmènera loin de tout ça, il m'emmènera avec les enfants, oui, il m'aimera et prendra soin de moi." (...) Elle reste absorbée dans ses pensées. "Mon professeur m'a dit que, là-bas, il y avait une bibliothèque plus grande que le supermarché, un grand bâtiment, plein de livres." Malgré la poussière lui volant au visage, la jeune femme sourit en marchant. "Je suis intelligente, pense-t-elle. Mon professeur m'a dit que j'étais intelligente. La plus brillante de l'école, elle a dit. Mes enfants sont intelligents comme moi. Je les emmènerai à la bibliothèque, cette maison pleine de livres, et ils iront à l'école, ils seront professeurs... Mon professeur m'a dit que je pourrais être professeur. Ils partiront loin d'ici pour gagner de l'argent. Ils habiteront près de la grande bibliothèque et vivront bien." On peut toujours se demander comment ce lambeau de roman russe a pu finir sa course sur le comptoir de ce magasin indien. Mais ceci serait une autre histoire, peut-être un jour quelqu'un la racontera-t-il. (...) Nous sommes blasés, nous dans notre monde - ce monde si menacé. Nous sommes les champions de l'ironie et du cynisme. Nous hésitons devant l'usage de certains mots et de certaines idées, tant ceux-ci sont usés jusqu'à la corde. Mais pourquoi ne pas réhabiliter certains mots qui ont perdu leur pouvoir d'expression ? Nous possédons une mine - un trésor - de littérature, qui remonte aux Egyptiens, aux Grecs et aux Romains. Tout est là, cette profusion littéraire, prête à être sans cesse redécouverte par quiconque a la chance de tomber dessus. Un trésor. Imaginez qu'il n'ait jamais existé. Comme nous serions vides, pauvres ! (...) Nous disposons d'un héritage d'histoires, de contes, transmis par les anciens conteurs - nous connaissons les noms de certains, mais pas de tous. Cette lignée de conteurs remonte à une clairière au milieu de la forêt où brûle un grand feu et où les anciens chamans dansent en chantant, car notre patrimoine d'histoires est né dans le feu, la magie, le monde des esprits. Et c'est encore là qu'il est conservé aujourd'hui. Interrogez n'importe quel conteur moderne, et il vous dira qu'il y a toujours un moment où il est touché par le feu de ce qu'il nous plaît d'appeler l'inspiration, l'enthousiasme, et cela remonte à la naissance de notre espèce, au feu, à la glace et aux grands vents qui nous ont modelés, nous et notre monde. (...) Le conteur sera toujours là, car ce sont nos imaginaires qui nous modèlent, nous font vivre, nous créent, pour le meilleur et pour le pire. Ce sont nos histoires, le conteur de nos histoires, qui nous récréent - qui nous recréent - quand nous sommes déchirés, meurtris et même détruits. C'est le conteur, le faiseur de rêves, le faiseur de mythes, qui est notre phénix, ce que nous sommes au meilleur de nous-mêmes au plus fort de notre créativité. Cette pauvre jeune femme qui chemine dans la poussière en rêvant d'une éducation pour ses enfants, croyons-nous être mieux qu'elle - nous qui sommes gavés de nourriture, avec nos placards pleins de vêtements, et qui étouffons sous le superflu ? C'est, j'en suis convaincue, cette jeune fille et les femmes qui parlaient de livres et d'éducation alors qu'elles n'avaient pas mangé depuis trois jours qui peuvent encore nous définir aujourd'hui. par Doris Lessing, écrivain britannique, Prix Nobel de littérature 2007
http://www.youtube.com/watch?v=wUuncnyE3J8 Laura Veirs : "Galaxies".
Ancienne géologue canadienne qui lisait dans la
roche comme on lit dans un livre...
. 10 décembre Le petit cinéma de nuit d'une inconnue... Trois heures du matin... A nouveau le téléphone...
Chaque nuit ou presque, elle l'appelait. Il avait pris l'habitude de poser le
petit combiné en bakélite au pied de son lit. Cela faisait maintenant deux
mois que durait ce qui avait fini par devenir un petit rituel nocturne...
... Comme une éternité ...
Il décrocha en sachant que s'il prononçait le moindre mot elle raccrocherait.
Bien enveloppé dans sa couette, il se cala contre l'extrémité en bois d'orme
de son lit...
Deux lourdes secondes passèrent comme un effondrement... Elle se mit à
chanter... Sa voix brillait comme une pièce de cristal traversée par un éclat
de lune.
Un appel sur deux, il ne reconnaissait pas la langue qu'elle utilisait...
Le chant avait commencé très haut et les mots qu'il ne comprenait pas avaient
la fluidité pétillante d'une eau de source. Cette fois elle n'employait pas le
petit clic khoïsan de la nuit passée. Le chant, moins ancien, avait pris la direction
veloutée des vallées bulgares. Tout ce que les vents avaient ramassé comme
fleurs se retrouvait concentré comme par magie à l'entrée d'une bouche qu'il
imaginait comme une herbe matinale d'été : tiède, douce et humide...
D'elle, il ne savait rien. Ce petit jeu raffiné avait débuté sans prévenir alors
que les couleurs de sa vie avaient perdu un peu de leurs différents vernis...
Il avait parlé trois fois, et trois fois elle avait raccroché... Ainsi, il avait vite
compris les règles qui consistaient à prendre ce qu'elle offrait sans poser de
question...
Cette voix et ces chants étaient chaque nuit un espace de lumière...
http://www.youtube.com/watch?v=GPpO_nRGW0k&feature=related Neil Diamond : "Solitary Man".
Peinture : Edward Hopper : "Cinéma à New York".
. 7 décembre ¤¤ WIIIIIIITchhhhhhhh ¤¤ Je pars un jour ou deux... Si vous passez dans le coin, merci de couper la
lumière électrique, de souffler les bougies, de ne pas laisser les enfants
jouer avec les câbles haute tension au-delà du temps règlementaire, de
fermer le couvercle du réacteur thermonucléaire pendant la cuisson, et
d'éviter de sucer les petits bouts d'uranium avant l'ébullition.
http://www.youtube.com/watch?v=eaScyfSHc-Y Kraftwerk : "Radioactivity".
.
6 décembre Cosmonaute Mon père m'a dit un jour,
un jour que j'étais en légère errance,
" écoute bien mon fils,
aujourd'hui quand on veut la lune
on n'est pas poète...
On est cosmonaute... "
Mon Papa...
J'm'en viens d'alunir
j'regarde si j'vois pas la maison
et j'prends le temps de t'écrire
pour te dire que t'avais raison.
Mon scaphandre il est pas nouveau
mais il sent très bon la sueur
je te salue d'chez mon boulot
le front déposé sur ton coeur.
La bande à collègues et puis moi
on est contents d'être cosmonautes
au début on avait les foies
et on s'est tous collés aux autres.
.........
Aujourd'hui dans ce grand bordel
j'essaie de gueuler en souriant
et de tracer à tire-d'aile
un dessein qui unit les gens.
Mon Papa...
J'm'en viens juste d'alunir
dis moi si t'aperçois ma flamme
le plaisir qu'j'ai à divertir
et salue ma Maman...
Ta Femme...
Loïc Lantoine (Extrait "Cosmonaute").
http://www.youtube.com/watch?v=rsYxmejYsAw Black Sabbath : "Planet Caravan".
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